
A tout seigneur, tout honneur, si on vient dans l'est de l'Ethiopie, c'est d'abord pour visiter Harar.
Fondée au 7ème siècle, Harar est considérée comme la quatrième ville sainte de l'Islam, après La Mecque, Jérusalem et Médine. Harar a su oréserver son héritage islamique, et surtout la configuration de sa vieille ville. Elle est inscrite au patrimoine de l'Unesco depuis 2006.
La ville est entourée de murs anciens construits au 16ème siècle pour la protéger des attaques extérieures. A cette époque Harar était un comptoir commercial important entre la Mer Rouge et l'intérieur de l'Afrique de l'Est. Il y transitait quantité de marchandises, dont des armes.
5 portes + 1 permettent d'entrer à Harar. 5 portes pour les 5 préceptes du Coran, et une porte pour Haylé Sélassié qui était originaire de cette région.

Laporte de Jugol, porte principale (islamique) du vieux Harar.

Le Palais d'Haylé Sélassié (aujourd'hui bâtiment administratif, et la porte d'Haylé Sélassié, bien plus moderne). A l'arrière, la rue "principale"en rénovation, ils construisent des boutiques de chaque côté.
A l'intérieur, un dédale de petites rues étroites et sinueuses sont bordées de maisons colorées. Comme nous approchons du Ramadan, toutes les maisons sont repeintes en vert, couleur de l'islam. Les soubassements desmurs ont de jolies fresques.


En haut à gauche, des fauteuils dans la rue, ils étaient destinés aux chefs de quartier pourles règlements de litiges et autres.
En-dessous, la rue de la réconciliation : elle est tellement étroite que 2 personnes se croisant sont obligées de se toucher, et de se réconcilier !
La Grande Mosquée, et la place du marché où l'attraction majeure est de nourrir les faucons.
La grande mosquée (on ne la verra que de l'extérieur car en travaux) jouxte l'église chrétienne, symbole de la fraternité entre religions. L'église orthodoxe est à 50 mètres.
Certaines maisons ont été construites à l'origine de la ville, et sont très bien conservées par des familles qui les habitent toujours.
Elles sont toutes constituées de la même manière : une grande pièce de vie avec 5 niveau de sofas (correspondant aux 5 préceptes du Coran : un niveau pour le mari, un pour les femmes, un pour les enfants, un invités, et un - le plus haut - pour celui qui récite la prière), deux ou 3 chambres dont une au 1er étage (avec des escaliers aux marches très hautes, il s'agit de ralentir l'envahisseur qui monte chercher les parents, et donner le temps à ces derniers de se préparer). Certaines se sont modernisées en ayant une "selle d'eau". La cuisine est à l'extérieur.
Ces maisons sont joliment décorées d'ustensiles locaux. Au-dessus de la porte, des tapis roulés, un par fille dans la maison (c'est pour leur mariage).

Un français célèbre habita Harar : Arthur RIMBAUD. Sa maisons a été entièrement rénovée par l'Ambassade de France en Ethiopie.

Je ne connaissais Rimbaud qu'à travers ses poèmes, et en visitant cette maison, j'ai découvert sa vie. C'était un homme qui ne tenait pas en place, épris de liberté, et un grand explorateur. Ses écrits ne sont, finalement, qu'accessoires.
Arthur RImbaud nait en 1854 à Charleville-Mézières (déjà là, on comprend son envie de partir !!!). Il mourra à Marseille en 1891, donc à 37 ans. Et il aura bien rempli sa vie.
Il a un talent précoce pour l'écriture, et en 1869 il écrit des poèmes en latin et français. L'année suivant avec la chute de l'Empire, il abandonne ses études, et "s'encrapule". Il rejoint Verlaine à Paris, fait de la prison à plusieurs reprises, et des séjours forcés dans les Ardennes (Le bateau ivre / Vers nouveaux et chansons).
en 1872, il part avec Verlaine en Belgique, puis en Angleterre (le drame de Bruxelles, Une saison en enfer). Se fâche grave avec Verlaine !
Rimbaud se passionne pour les langues, et apprend l'espagnol, l'allemand, l'arabe, l'italien .. et voyage : Vienne, Rotterdam. Il s'engage dans l'armée des Indes : Java, Batavia, Smarang, Salatiga ... Il déserte (sa soif de liberté), et revient en Europe comme matelot sur un bateau.
Brême, Stockholm, Copenhague, Marseille, Rome, Alexandrie, Lanarca (où il dirige des ouvriers pour construire un palace), et retour dans les Ardennes.
Il y fait trop froid, et en 1879, repart : Chypre, la mer rouge, Aden (Yémen), et arrive à Harar en 1880.
1881 - 1890 il vit à Harar, où il se passionne pour la photographie, fait du commerce (pour l'agence Bardey), explore ... Ses poèmes "Poèetes maudits" paraissent à son insu.
En 1886, il part seul à la tête d'une caravane de 30 chameaux pour vendre 2000 fusils au Soudan ... C'est un échec. Mais il continue comme commerçant indépendant à convoyer des caravanes de chameaux entre Harar et la côte.
"Illuminations", "Le Bosphore égyptien"
1991 : souffrant d'une violente douleur dans le genou, il construit une civière, règle ses comptes à Harar, et rentre à Marseille. Amputation, puis décès. Il paraît que ses derniers mots ont été "Harar, harar".
il est enterré à Charleville-Mézières (vraiment pas de chance !!!)
Pour info, un autre français habitera Harar 2 ou 3 ans : Henri de Monfreid (mais c'est beaucoup plus tard).
Harar est célèbre pour le nourrissage des hyènes. A une époque reculée, les hyènes étaient nourries par les habitants, une fois par an, avec une grande gamelle de porridge. Si les hyènes finissaient le plat, l'année qui suivait serait bonne. Aujourd'hui, les hyènes sont nourries chaque soir, c'est un spectacle pour les touristes qui se font photographier en donnant à manger aux hyènes.

Harar, c'est aussi une ville plus moderne - c'est la capitale des Afars - avec son marché aux contrebandiers, et son marché aux épices (où il est impossible de respirer correctement tellement la poudre d'épices vole partout).

Les articles de conterbande sont "cachés" sous le porte-bagages sur le toit. Il y a un double fond !!! Malgré tout, pour éviter que la douane ou policiers ne viennent chercher à cet endroit, quelques billets passent entre les mains !
Ici, les éthiopiens préfèrent acheter du seconde main, car c'est la seule garantie pour avoir un article original. Tous les articles neufs ici sont des copies made in China or India ...

Le Marché du Qhat
Le QHAT (ou Khat) est une plante originaire de l'Afrique de l'est (Ethiopie, Yémen, Kenya), et ses feuilles contiennent une substance stimulante, comme des amphétamines légères. Mâcher des feuilles de qhat provoque une euphorie et une sensation d'énergie. En mâcher trop provoque une dépendance psychologique.
En Ethiopie, mâcher du qhat est une pratique culturelle de socialisation, et aide dans les discussions communautaires. Les musulmans éthiopiens, et ceux de l'est africain ont tendance à consommer beaucoup de qhat, surtout au moment de la prière, du ramadan.
Le qhat joue un rôle économique majeur, car sa vente est une source de revenus importante pour les agriculteurs. Arrivés dans la région d'Harar, les champs sont reouverts de buissons de qhat. Il existe un marché du qhat ouvert 24h/24, où se presse une foule énorme.
Un "bouquet" de qhat peut se vendre jusqu'à 50 euros si la qualité est supérieure.

Le marché des dromadaires à Babile
De marché en marché, celui des dromadaires. A 60 km au sud d'Harar, à quelques kilomètres de la frontière somalienne, un marché aux dromadaires se tient tous les lundis. Les chameaux représentent la richesse, c'est un peu le compte en banque. Beaucoup de ventes se font ici (500 environ), j'ai vu un acheteurs prendre une dizaine de dromadaires.
Le plus cher est un mâle très fort (jusqu'à 1500 €), très bien portant, un géniteur. Ensuite viennent les jeunes femelles si possible déjà enceintes (1000 euros).

Le marchandage ne se fait jamais à voix haute, mais le prix se négocie lors d'une poignée de main où se comptent les doigts. Chaque doigt représente environ 100 euros, le vendeur tend un certaine nombre de doigts, l'acehteur accepte ou fait sa contreproposition. A la fin de la transaction, les protagonistes se serrent la main 3 fois. Parfois, pour les gros deals, un foulard recouvre les mains.
Aucun papier, le dromadaire est marqué à la peinture bleue, il est vendu.
Surprise géologique
Sur la route, petite balade au milieu des rochers qui ne teinnent en équilibre que sur une petite surface. L'équilibre de la Nature est remarquable. Mais les rochers qui n'ont pas tenu en équilibre, sont tombés !!!

Un village millénaire : Koremi
Une fois de plus, notre guide veut nous ramener à l'hôtel en fin de matinée, et nous y laisser pour l'après-midi. J'ai vu sur internet qu'à proximité d'Harar, un village vaut le détour.
J'insiste, notre guide ne connait pas ce village, mais le guide local (eh oui, nous avons toujours un guide local) sait où il est. Nous y allons pour découvrir une belle pépite.
Koremi est un village construit au 4ème siècle - donc bien plus vieux que Harar - et qui a gardé ses anciennes maisons. Certaines sont en ruine, et d'autres sont toujours habitées dna sleur état d'origine.
J'ai beaucoup aimé.

Ce qui est intéressant, c'est que ces maisons sont restées dans leur configuration originelle. Le seul dégât est le toit (qui était en terre) est tombé; aujourd'hui, il est remplacé par un toit en tôle.
On voit les étagères, les niches pour les récipients, la cheminée, etc... Et au milieu de ces ruelles où toutes les maisons semblent en ruine, derrière des portes, des familles vivent.

L'intérieur de la maison est très propre, comme l'extérieur. La femme a 28 ans, 6 enfants, et vit avec sa mère, et son mari dans cette maison. Le toit de cette maison est encore en terre !
Bien sûr, ni eau, ni électricité. Les enfants sont scolarisés pas très loin.
Dire Dawa
En Ethiopie, le "e" ne se prononce pas. Dire Dawa se prononce "Dré Dawa". Et c'est aussi pour cela qu'Addis-Ababa s'écrit avec des "a".
Dire Dawa est une ville qui n'a pas grand intérêt, sinon pour sa gare de train, construite pas les français fin des années 1800. Le train permettait d'aller de Djibouti à Addis-Abeba. Les travaux ont commencé sous l'autorité de Duperché et Paul Riès, le 1er décembre 1897. La voie arrivera à Addis-Abeba le 7 juin 1917.
Aujourd'hui, le train ne circule plus qu'entre Dire Dawa et Djibouti, 2 fois par semaine. 400 km pour 13 heures de train.
Malgré tout, ces machines, datant du début 1900, sont toujours entrenus dans les mêmes ateliers, sur des machines outils datant de cette époque.

Et le train arrive en gare ..

Et le confort ???

Alors, première ou seconde ???