
Deuxième partie de mon circuit, le Sud de l'Ethiopie avec ses ethnies.

Cette 2ème partie de circuit s'est avérée intéressante en partie : les etnies sont des rencontres extraordinaires, Harar est un ville hors du temps. J'ai moins apprécié le reste, et j'ai trouvé que nous avons fait beaucoup de kilomètres pour peu de choses.
Dans la suite, je ne suis pas le circuit de manière chronologique, je parle d'abord des ethnies qui restent le plus intéressant. Ensuite, le reste suivra.
L'Ethiopie est une mosaïque d'ethnies. On compte 82 ethnies sur l'ensemble du territoire, chacune d'elle ayant ses coutumes, sa langue et même son écriture.
Enfin en queue de peloton, tous les petits groupes ethniques dont le moins nombreux possède moins de 100 habitants.
Quelques généralités sur ces ethnies minoritaires du Sud-Ouest :
Le polygamie est de mise dans toutes ces ethnies. Un homme peut avoir 2 femmes voire plus. Avec chacune de ces femmes, il aura entre 6 et 8 enfants. Donc, les villages sont envahis d'enfants, et la population explose.
Les jeunes filles sont excisées. Ensuite elles peuvent se marier. Donc les filles sont demandeuses pour enfin pouvoir vivre leur vie de femmes, et avoir des enfants.
Une jeune fille va se marier vers 14 / 15 ans.
A part 2 tribus, les enfants ne vont pas à l'école. Les bâtiments scolaires qui ont été construits ont immédiatement été détruits.
Le gouvernement éthiopien a essayé d'enrayer ces habitudes, sans succès. Du coup, il n'aide plus ces ethnies, qui vivent en totale autonomie.
Côté financier, nous avons payé pour visiter chaque village (au chef de village), en plus,nous versons une dîme pour pouvoir photographier, et enfin, il est de bon ton de donner un billet (1 €) à la personne photographiée.
Les Dorzé
Les Dorzé sont installés dans les montagnes près d'Arba Minch. Ils sont particulièrement connus pour leurs maisons en bambou en forme de ruche ou d'éléphant (au choix de votre imagination), qui peuvent atteindre 12 mètres de hauteur. Elles sont construites en fibres végétales et durent plusieurs décennies.Actuellement, les Dorzé continuent à construire ces habitations et vivent à l'intérieur.
Population : environ 40 000 âmes
Traditionnellement, les Dorzé sont connus pour leur savoir-faire en tissage. Ils tissent de longues "écharpes" de couleurs (souvent rouges, vertes et bleues).
La société est organisée autour de la famille et du clan (village). Dans une maison, se trouvent différentes pièces : chambres, cuisine, pièce de vie, et aussi un lieu où dorment les animaux.


Les costumes, c'est juste pour le touriste. Dans la vraie vie, les DOrzé sont habillés "normalement".
Leur alimentation est essentiellement basée sur le faux bananier (même feuilles, mais pas de bananes !). L'intérieur de l'écorce est rapé pour obtenir une sorte de farine qui est mélangée à l'eau. Des crêpes sont faites à partir de cette pâte. On mange la crêpe avec des condiments, surtout du piment. Et on boit un alcool fort, type eau de vie.

A 100 mètres de ce village sorti des temps anciens, le village qui lui n'a rien d'ethnique, avec son marché, ses cases en tôle, son aire de repos....

Les Konso
Les Konso vivent un peu plus au sud que les Dorzé, dans la zone .... Konso (gagné !!!). Ils sont célèbres pour leurs villages perchés, et leur agriculture en terrasse adaptée aux collines sèches et rocheuses.
Population : environ 250 000 personnes
Ces terrasses + village sont classés par l'Unesco.
Les villages Konso sont fortifiés par des murs circulaires en pierres. Les maisons se situent à l'intérieur de cette enceinte, et sont aussi entourées d'une clôture en pierres ou en bois. L'ensemble dessine un labyrinthe de ruelles étroites, entre de hauts murs.

Leur organisation est centrée autour des anciens qui jouent un rôle central dans la gouvernance locale et la transmission des règles sociales du clan (village). D'ailleurs, ils restent toute la journée assis à palabrer !!! La gouvernance, c'est fatigant !
Pas de costume spécifique, c'est le village qui est remarquable.

Les statues en bois sont des ornements funéraires. Ces sculptures représentent des héros, guerriers ou personnages importants du clan. J'ai voulu en acheter une vraie vieille, sans succès !
Côté agriculture, les Konsos gardent leurs coutumes ancestrales. D'un autre côté, je ne vois pas comment ils pourraient évoluer tant les conditions sont difficiles. Mais cela donne un joli paysage fait de terrasses, et de maisons perdues au milieu de ces montagnes.

Les Bannas
Les échassiers de la tribu Banna incarnent une tradition ancienne, profondément ancrée dans leur identité. Cette pratique de marche sur échasses, née il y a des siècles, servait d'abord à traverser les zones marécageuses, les rivières et les terrains boueux, et les protégeait des animaux sauvages.
Population : 30 000 personnes
Honnêtement, à part pour les cérémonies, et pour les touristes, je ne pense pas que les Banna se promènent encore sur des échasses.

Aujourd'hui les Banna sont une tribu exposée aux changements. La sécheresse perturbe leurs activités, la densité croissante de la population environnante les empêche de se déplacer. La route a orienté les activités vers le tourisme ...
Le mariage chez les Benna ne se fait qu'entre membres de leur propre tribu. Ce sont des mariages arrangés par la famille, et une dot importante est versée aux parents de la mariée (c'est le cas dans toutes les ethnies).
Pour qu'un jeune puisse se marier, il doit suivre un rituel spécifique pour devenir un homme : il doit sauter sur le dos de taureaux en passant de l'un à l'autre (sans tomber, bien sûr !!!).
Les Hamers
Les Hamers et les Bannas faisaient partie de la même ethnie, et suite à des dissensions (ça date), ils se sont séparés en 2 tribus distinctes. Les Hamers ont su mieux gardés les coutumes de vie ancestrales.
Population : 50 000 personnes
Un rite est resté commun aux 2 tribus : le saut de taureaux pour passer de l'enfance à l'âge adulte. C'est une grande cérémonie. Les taureaux sont alignés, et le jeune homme doit courir sur le dos des taureaux.
Les hamers avec les Mursis sont les tribus les plus célèbres de la vallée de l'Omo, car ils ont une forte identité culturelle, surtout dans la manière d'apprêter les femmes.
Les femmes Hamer ont des coiffures enduites d'ocre rouge et de beurre, elles portent des colliers de perles, et ont des scarifications décoratives sur le corps.


Lors du mariage, les femmes se font fouetter volontairement par leur futur mari. Elle lui demande d'être fort afin de laisser des marques et de prouver ainsi sa force. En conséquence, toutes les femmes ont le dos marqué de cicatrices.
Les hamers sont des éleveurs de bovins. Les enfants - pas d'école ici - gardent très jeunes les troupeaux de chèvres à proximité du village. Les adultes peuvent emmener les troupeaux paître plus loin parfois pendant plusieurs jours.
Les hamers vivent dans des villages faits de huttes en paille, entourées d'une clôture en bois. Le village est propre et semble organisé.

La femme devant la hutte porte un lourd collier avec une proéminence vers l'avant. C'est la première femme. La 2ème femme et plus auront un collier sans cette avancée.

Les Hamers - comme les Mursis - sont des nomades. Si un malheur arrive dans le village (mort d'une personne, épidémie, etc...), le village se déplace immédiatement. Ils récupèrent la paille sur les toits, éventuellement les branchages de l'ossature, et se déplacent, parfois loin. Idem pour les Mursis.
Les Mursis
Les Mursis vivent dans la Parc naturel de Mago, et sont un peuple belliqueux. Début 2025, ils ont tué un guide, le chauffeur et un touriste qui étaient venus les visiter. Nous sommes la 2ème voiture de touristes à revenir les voir depuis ce moment (la 1ère, un ami de notre guide est venu la semaine d'avant).
Le village que nous visitons est difficile d'accès, même si nous pouvons y accéder avec notre voiture. A peine garés, les nuées d'enfants nous entourent, au loin, les hommes tous armés d'un fusil. Ils protègent leurs troupeaux contre l'ethnie voisine, les Karos.
Population 15 000 personnes
Les femmes Mursi sont connues pour leur plateau labial, qui est un disque en argile relativement lourd (150 grammes pour 12 cm de diamètre. c'est un disque "moyen"). Cette pratique est associée à la beauté de la femme; plus le disque est grand, plus elle est belle.
Pour mettre ce disque, les femmes se coupent horizontalement la lèvre (sous la partie rose), afin de pouvoir élargir la partie coupée, et y mettre le plateau. Malgré tout, les femmes ne gardent pas le plateau tout le temps, car il est lourd. Donc la plupart du temps, cette partie de lèvre coupée pendouille !
Les jeunes filles préfèrent aujourd'hui les disques dans les lobes d'oreilles, et ne mettent plus de disque labiaux (au moins dans le village visité).


Pour être mariée, une femme doit prouver qu'elle peut avoir des enfants. Donc, les nouvelles jeunes femmes partent dans la forêt pour trouver un homme (souvent de l'ethnie Karo voisine), et font avoir une relation éphémère pour tomber enceinte. Une fois cette preuve donnée, la jeune femme avortera (on imagine les conditions) ou abandonnera le bébé dans la forêt.
Les femmes et les hommes portent des scarifications, et les garçons ont des coupes de cheveux à dessin.

Leurs villages sont composés de petites huttes, faites à partir d'une ossature en branches recouverte de paille. L'entrée des huttes est toute petite, moins d'un mètre de hauteur, interdit aux gros !!!


La peinture sur les enfants, c'est pour nous ! Je suppose qu''ils se sont peints quand nous étions au village, et ils nous attendaient sur la route. Le reste de la joiurnée, ils gardent les chèvres.
Etant donné la versatilité dangeureuse de cette tribu, une trentaine de Mursi ont été déplacés dans un village vitrine le long de la route. C'est de là que viennent toutes les photos vues sur Facebook ou Instagram. Nous avons vu les originaux !!!
Les Omorates / Dassanech
Les Dassanech vivent entre l'Ethiopie et le Kenya, le long de la rivière Omo. Le fleuve déborde tous les ans et longuement, aussi de nombreuses ONG (USAID, PLAN, ...) sont intervenues pour déplacer les villages sur la rive, plus en hauteur, au-dessus de la ligne d'eau maximum. La question est : pourquoi les Dassanech ne l'ont pas fait avant, tout seuls ?
Population : 40 000 habitants
Le déplacement des huttes a entrainé une légère modification de la construction. Avant elles étaient faites d'une structure en branche, recouvertes de paille de maïs, entourées d'épineux afin que les chèvres ne confondent pas la hutte avec un gâteau !!! Maintenant, la couverture d'épine a été remplacée par des tôles ondulées arrondies. Les chèvres ne mangent plus la hutte, qui désormais tinet plus du four à pizza que d'une pièce fraiche. Il fait 40°C dehors, dedans, c'est intenable, aussi les habitants passent leur journée dehors.

A l'intérieur de la hutte, comme dans les autres ethnies, un grand "tapis" au milieu qui sert de lieu de vie, de couchage pour la famille, un feu au charbon de bois pour la cuisine. Une toute petite porte pour entrer. Il faut imaginer un homme, 2 femmes et une dizaine d'enfants dedans cette hutte de 3 mètres de diamètre.

L'eau vient du fleuve Omo tout proche (1 km quand même), bien boueuse. Elle est filtrée au travers de racines qui lui confèrent d'excellentes qualités pour la santé. J'avoue ne pas y avoir goûter.
L'après-midi, ils pratiquent la cérémonie du café. C'est de l'eau bouillante, de la poudre de café, mis dans une grande calebasse, dans laquelle ils boivent directement. Ca ressemble à de la mélasse !

Il faut noter que le village des Dassanechs se trouve à 5 km de la ville frontalière, avec les passage des camions, une sorte de civilisation, une école, une banque, etc... Malgré cela, ils restent repliés sur eux-mêmes, sans être contaminés par cet environnement proche. Bien sûr, comme d'habitude, nous ne voyons qu'un village de l'ethnie, alors qu'il y en a une cinquantaine dont certains inaccessibles.

Les Karos
Les Karos sont une tribu peu nombreuse : 5 000 personnes, c'est l'un des plus petit groupe ethnique du pays. Ils vivent le long du fleuve Omo, en amont des Dassanech.
Ce sont des agro-pasteurs, cultivent du sorgho après les crues de l'Omo, et élèvent des bovins et des chèvres.
C'est un peuple sédentaire, et une des rares tribus dont les enfants vont à l'école.
Leur faible population les rend très vulnérables, et ils font tout pour conserver une identité culturelle forte. Ils sont célèbres pour leurs peintures corporelles élaborées, montrant un vrai sens artistique.
Les hommes se lavent tous les soirs dans l'Omo, et se peignent tous les maatins. Les personnes que nous avons vues, revêtues de peintures corporelles, ne le faisaient pas pour le touriste, mais par culture.

Vous remarquerez les armes !

Leur village ressemble à un village "normal" avec des huttes rectangulaires, mais à petite porte. Il y a même un "café" dans le village !

Et ..... l'école !

L'école est plutôt bien construite, mais tellement mal entretenue. Ca me change vraiment de celles que j'ai vues au Togo. Ici, tout est sale, le sol, les murs ... Le document en bas à droite est l'alphabet Amharik, avec les lettres et leurs déclinaisons.
Ici, viennent une centaine de garçons pour une trentaine de filles. Les filles sont retenues à la maison pour s'occuper des plus petits lorsque la mère est aux champs.
Les Nyangatoms
Les Nyangatoms ont eu pas mal de rivalités avec leurs voisins, en particulier, pour l'accès aux paturages et à l'eau. Je suppose qu'ils n'ont pas gagné car ils se sont repliés dans des zones semi-arides dans les plaines voisines. Tout s'étant calmé, ils ont accès au fleuve Omo.
Comme les Karos, ils cultivent du sorgho le long des zones inondables, et élèvent du bétail.
Population : 30 000 personnes

Leurs habitations sont plus jolies, avec des toitures plus hautes, en dégradé, et des portes plus grandes en avancée. La petite hutte sur pilotis sert à garder le grains à l'abri des chèvres.
Les maisons sont entourées d'une clôture en épineux, et les chèvres sont rentrées dans l'enclos le soir. Chaque femme a sa propre hutte avec les enfants, le tout dans la même espace clôturé si elles sont mariées au même homme. L'homme va d'une hutte à l'autre ... Ici aussi, 6 à 8 enfants par femme !

Les femmes sont habillées de couleurs vives avec des colliers.

Les Arborés
Les Arborés vivent aussi la basse vallée de l'Omo, près du lac Chew Bahir, et leur territoire s'étend jusqu'à la frontière du kenya. Mais ils sont peu nombreux. OK ils font tout pour repeupler leur ethnie !!!
Population : 8 000 personnes
Ils sont sédentaires, font la culture du sorgho, et un peu de maïs, élèvent du bétail (bovins, chèvres et chameaux). Ils vivent, malgré la présence du lac, dans une zone très aride.

Les "pics" qu'ont voit dépasser des maisons sont, en fait, de la paille de rechange pour refaire les toitures.

La photo du milieu montre 2 familles (pas au complet !). Les maris sont les 2 hommes, relativement âgés qu'on voit au premier plan, et en blanc au milieu. Les enfants sont les leurs, de 3 femmes, si j'ai bien compris.
J'ai souvent parlé du nombre d'enfants, mais pour se rendre compte de la réalité, voici les enfants - présents dans le village de 1000 habitants - lorsque nous y sommes passés. J'aurais pu faire la même photo dans tous les villages d'ethnies.

Les Borenas
C'est une ethnie bien intégrée aujourd'hui. C'est l'opportunité de la photo qui nous a fait arrété sur le bord de la route.
Dans un temps, pas si vieux, les femmes se scarifiaent le visage pour être plus belle. Il semble que cette coutume ait disparu chez les jeunes. Tout se perd !!!

Et pour en finir avec les ethnies, une photo que j'aime bien
